Chronique RVCP 2023 – Échouer pour innover!

Le RVCP 2023 s’est ouvert sur une table ronde inspirante portant sur un sujet trop souvent évité en conseil pédagogique : l’échec. Les conversations authentiques et bienveillantes ont mis de l’avant l’idée que l’échec peut être une opportunité pour innover et améliorer notre travail en pédagogie, notamment dans l’intégration des technologies numériques.

L’équipe d’i-mersion CP a réuni cinq collègues audacieux, dont quatre CP : Maude Picard, Éric Cloutier, Judith Cantin et Benoit Petit ainsi que Tina Montreuil, professeure et psychologue. Il a été question de l’échec professionnel en conseil pédagogique, et d’une possible transformation en opportunités d’innovation pédagogique.

Redéfinir l’échec en conseil pédagogique

En fait, nos invités ont été unanimes sur le fait que l’échec professionnel en conseil pédagogique survient lorsque les projets ne se déroulent pas comme prévu et que les personnes enseignantes sont contraintes de changer leur méthode.

« L’échec professionnel, c’est donc une éventualité de l’action. Si on ne fait rien, on ne tente pas d’innover, de toute évidence on ne va échouer. […] On traite [l’échec] en normalisant, en acceptant que ce soit une finalité. » (Tina Montreuil)

En conseil pédagogique, cela peut être lié à des problèmes de planification, à des objectifs mal définis ou encore à un choix inadapté des moyens. Il est crucial de ne pas surestimer l’échec comme étant inévitable.

L’échec « est une perception que nous avons le pouvoir de transformer […] Il y a toujours une réussite au travers de tout ce qu’on fait, mais on n’atteint pas toujours tous nos objectifs » (Benoit Petit)

Au lieu de cela, nous devons donner du sens à nos expériences en utilisant des termes comme « défi », « menace » ou « insatisfaction », plutôt que de qualifier cela comme un échec total.

« L’échec est une occasion de faire mieux la prochaine fois ou d’aider des collègues à partir d’un point […] parce qu’ils n’ont pas à se retaper l’échec eux-mêmes. Pour moi, c’est probablement le plus bel apprentissage de cet échec professionnel » (Maude Picard)

C’est dire que chaque expérience est une occasion d’apprendre, de se développer et de progresser professionnellement.

Identifier les signes précoces de l’échec

Les personnes intervenantes ont partagé leurs observations concernant les signes précurseurs d’un échec professionnel. Parmi ceux-ci, on retrouve une mauvaise planification, l’absentéisme des personnes concernées, une absence de communication ou une communication qui n’est pas franche et ouverte, des besoins mal définis ou encore des objectifs peu réalistes.

« Sans collaboration, on avance très rarement facilement » (Maude Picard).

Il reste que, selon Éric, les signes ne sont pas toujours évidents et demandent du temps pour être identifiés. Ce n’est pas toujours facile de les recevoir. Un truc qu’il propose, c’est de rester ouvert à l’éventualité que ça ne soit pas parfait. Benoit ajoute que c’est plus facile de détecter les signes chez les autres que chez soi. Il propose de s’arrêter pour vérifier qu’on écoute sincèrement et de s’ajuster au besoin.

Pour surmonter ces défis, ils recommandent de travailler en équipe, de s’adjoindre des personnes ayant des expertises distinctes, et d’utiliser des méthodologies agiles comme Scrum pour s’ajuster rapidement aux changements. Maude rappelle qu’il faut consacrer du temps aux relations pour assurer une collaboration fonctionnelle. Dans son équipe, elle organise plusieurs petites rencontres régulières pour s’assurer de discuter de tous les petits points qui pourraient coincer.

« L’humilité comme conseiller pédagogique reste la meilleure stratégie, c’est-à-dire de ne pas avoir la présomption qu’on va changer la vie des personnes avec qui on travaille. […] Quand on travaille avec les personnes, on est en train de leur faire une proposition avec laquelle ils peuvent accepter ou non de travailler » (Judith Cantin).

De plus, la pratique réflexive joue un rôle essentiel dans le développement de la résilience, permettant aux CP de mieux analyser leurs interventions et d’identifier ce qui peut être amélioré. Pour Judith, « ça fait une différence entre une expérience de 30 ans ou 30 ans d’expérience. Donc, le fait qu’on ait appris de nos erreurs, qu’on soit capable de nommer les raisons sous-jacentes et qu’on soit ensuite en mesure de les montrer à d’autres » (Judith Cantin).

Ainsi, la pratique réflexion « est un moment d’arrêt pour se poser des questions. [On peut se demander:] Est-ce que c’est vraiment un échec ? Est-ce que ma perception à moi de ce qui s’est passé est vraiment un échec ? Si c’en est un, qu’est-ce qui s’est passé ? […] Il faut se poser des questions avec ce qu’il vient de se passer pour mieux orienter notre projet » (Éric Cloutier).

Encourager la prise de risque (tout en minimisant les risques d’échec !)

« Encourager la prise de risque, c’est encourager le développement des personnes. Il n’y a pas de développement professionnel sans prise de risque. Il n’y a pas non plus d’innovation au niveau institutionnel sans prise de risque » (Judith Cantin).

Pour sa part, elle tente de cerner ce que devrait, ou non, faire un CP « pour éviter qu’un CP transgresse les frontières de son rôle et se mette à jouer un autre rôle qui ne lui appartient pas » (Judith Cantin).

Ainsi, les collègues ont souligné l’importance de favoriser la prise de risque tout en minimisant les risques d’échec professionnel. Pour cela, il est essentiel de créer un environnement où l’échec est perçu comme une opportunité d’apprentissage plutôt qu’un évènement catastrophique. Comme le mentionne Florian, « on n’est pas seul dans un échec et personne ne devrait être seul ! ».

Pour sa part, Benoit souligne que la prise de risque doit être ajustée à la tolérance au stress. Il rappelle qu’à titre de CP, on demande aux personnes enseignantes de prendre des risques, il faut donc accepter d’en prendre à notre tour lorsqu’on donne des formations ou des ateliers. Quand un problème survient, il réagit en posant des questions simples et efficaces comme « que faites-vous en classe quand arrive tel ou tel problème ? ». De son côté, Éric rappelle notre rôle de leader pédagonumérique, c’est-à-dire de soutenir les personnes enseignantes dans la classe pour les appuyer dans leurs innovations pédagonumériques.

« Dans mes projets, la clé du succès a été de travailler en équipe, de prendre une portion du risque sur mes épaules » (Éric Cloutier).

Encourager le remue-méninge sans évaluer les idées, promouvoir la dédramatisation et adopter un regard empathique avec une écoute active sont autant de pratiques qui contribuent à développer un climat propice à l’expérimentation et à l’innovation. Maude, pour sa part, propose de travailler en binôme pour avoir un filet de sécurité dans les projets plus risqués ou plus innovants.

Ça reste que « Le meilleur des plans va parfois échouer ; […] c’est là qu’il faut accepter qu’il y a une partie que je ne contrôle pas […] il y a toujours la possibilité que ça ne fonctionne pas, donc [il faut] travailler sur l’intolérance à l’incertitude qui est propre à la santé mentale, à la productivité et à la manière qu’on va accepter l’échec personnel » (Tina Montreuil).   

Utiliser l’échec professionnel comme un moteur d’innovation pédagogique

Enfin, Judith, Éric, Tina, Maude et Benoit ont mis en avant l’idée que l’échec professionnel peut être une source de motivation pour innover en pédagogie. Les défis professionnels nous incitent à rester humbles, à remettre en question nos pratiques, à penser différemment et à trouver de nouvelles solutions pour répondre aux besoins des personnes apprenantes. En cultivant une culture d’apprentissage, en adoptant une posture d’apprenant tout en favorisant les échanges avec une communauté de praticiens, nous pouvons transformer nos échecs en autant d’opportunités de progrès et d’innovation pédagogique.

En conclusion, l’échec professionnel ne devrait pas être évité ni craint, mais plutôt considéré comme une étape inévitable dans le processus d’innovation pédagogique. En encourageant la prise de risque, en favorisant un environnement propice à l’expérimentation et en pratiquant la réflexion métacognitive, nous pouvons transformer nos échecs en tremplins vers de nouvelles idées et de nouvelles approches pédagogiques.

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