– 08 juillet 2026
Article
Veille informationnelle et transfert des connaissances : des pratiques à cultiver
Le présent article est un résumé d’atelier en ligne, réalisé par une intelligence artificielle. Si vous identifiez une erreur, n’hésitez pas à nous le faire savoir!
Dans un domaine où les connaissances évoluent constamment, rester à jour n’est pas un luxe — c’est une condition de pertinence. C’est autour de cette conviction que Stéphanie Carle, conseillère pédagogique au Collège Montmorency et finissante au doctorat professionnel de l’Université de Sherbrooke, a animé un atelier en ligne du Rendez-vous CP 2026, le 12 mai 2026.
À la croisée de ses compétences en communication et en développement professionnel, elle a proposé un parcours à la fois théorique et ancré dans la réalité du terrain, invitant les personnes participantes à réfléchir collectivement à leurs pratiques de veille et de transfert des connaissances.
Qu’est-ce que la veille pédagogique ?
En s’appuyant sur les outils du Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREC), Stéphanie Carle a défini la veille informationnelle comme une « surveillance continue » des activités de recherche, d’intervention et d’innovation dans un domaine donné. L’idée centrale : la veille n’est pas un geste ponctuel, mais un processus itératif, à ajuster en continu.
Elle s’articule autour de plusieurs étapes — définir les paramètres, sélectionner des sources, repérer et traiter l’information, la conserver, l’analyser, la diffuser, puis évaluer la pertinence de sa démarche — avant de recommencer.
L’une des difficultés fréquemment évoquées est le FOMO — la peur de manquer quelque chose — qui pousse à vouloir tout lire, tout suivre. Face à cette tendance bien connue des personnes conseillères pédagogiques, l’animatrice a insisté sur l’importance de se donner des objectifs clairs et de définir ses paramètres de veille :
Pourquoi fait-on cette veille ? Pour qui ? Sur quels sujets ? À quel moment de la semaine ? Avec quels outils ?
Choisir ses sources et ses outils
Une portion de l’atelier a été consacrée à l’exploration collective des sources disponibles. Infolettres d’organisations spécialisées (AQPC, Éductice, Collecto, le Tableau, le Collimateur), alertes par mots-clés dans Google Scholar, flux RSS, réseaux professionnels comme LinkedIn : les possibilités sont nombreuses.
Le défi, c’est justement de ne pas toutes les adopter d’un coup. Yves Munn, également présent lors de la session, a rappelé avec justesse qu’il vaut mieux commencer par trois à cinq sources pertinentes dans son champ d’intérêt, puis réévaluer quelques mois plus tard, plutôt que de se retrouver submergé sous un flot d’informations ingérable.
La question de la conservation et de l’organisation de l’information a été abordée sans fard : c’est souvent là que les pratiques de veille s’essoufflent. Zotero reste un outil de référence pour la gestion bibliographique, mais les échanges ont fait émerger d’autres approches : des carnets de lecture sur WordPress, permettant à la fois d’accumuler et de diffuser le fruit de la veille, ou encore des outils comme Research Rabbit ou NotebookLM pour synthétiser rapidement.
L’essentiel est de trouver un dispositif qui corresponde à ses habitudes et à ses objectifs, et d’y revenir régulièrement.
Lire un article scientifique sans y passer tout son temps
Aborder la littérature scientifique peut intimider. Stéphanie Carle a proposé une approche pragmatique : on n’est pas obligé de tout lire. Lire le titre, identifier les auteurs et leur posture épistémologique, parcourir le résumé, sauter à l’introduction pour repérer le cadre théorique, puis à la discussion pour cerner les constats : c’est souvent suffisant pour évaluer si un article mérite qu’on s’y attarde davantage.
Les références bibliographiques constituent également une porte d’entrée vers d’autres lectures et permettent de circuler dans un réseau de savoirs.
Un élément de vigilance a également été souligné : celui des biais cognitifs. À trop fréquenter les mêmes sources, les mêmes auteurs, les mêmes réseaux, on finit par s’installer dans une chambre d’écho. L’effet de répétition donne l’impression qu’une information est vraie simplement parce qu’on la rencontre fréquemment.
Se donner intentionnellement accès à des perspectives différentes fait partie d’une veille riche et rigoureuse. La question des données probantes en éducation — notée comme un sujet à approfondir séparément — illustre bien la nécessité de porter un regard critique sur les résultats de recherche et de les contextualiser avant tout transfert vers la pratique.
Du repérage à la mise en circulation : le transfert des connaissances
La deuxième partie de la session a ouvert sur la dimension du transfert des connaissances, souvent confondue avec la veille mais bien distincte dans ses mécanismes.
En s’appuyant sur les travaux du CTREC et du groupe RENARD de l’Université de Montréal, Stéphanie Carle a présenté le processus comme une double transformation : l’expert ou l’experte doit d’abord externaliser ce qu’il ou elle sait sous une forme accessible — texte, infographie, présentation — et la personne qui reçoit cette information doit ensuite se l’approprier et l’intégrer à son propre réseau de connaissances.
La personne conseillère pédagogique se trouve souvent à cheval entre ces deux rôles : productrice et utilisatrice de connaissances. Quand elle prend un article scientifique et le reformule en fiche pratique pour une équipe enseignante, elle ne fait pas que transmettre : elle coproduire des connaissances, adaptées à un contexte spécifique.
Ce travail de vulgarisation et d’adaptation est au cœur du rôle de médiation que l’on peut assumer dans les milieux d’enseignement supérieur. Comme l’a noté Jean Sébastien Dubé lors des échanges, l’acte d’écrire sur ce qu’on a veillé oblige à s’approprier véritablement le contenu — ce qui accélère le développement professionnel et renforce la capacité à en parler en contexte.
Vers une veille partagée et fédérée
Un fil conducteur a traversé l’ensemble de la session : la veille gagnerait à être pensée collectivement. L’idée de se répartir les dossiers de veille au sein d’une équipe — l’une surveille les publications sur l’évaluation, l’autre sur la motivation, une troisième sur le numérique — puis de partager régulièrement les découvertes, a suscité un intérêt marqué dans la salle.
Les cercles de lecture, dont Stéphanie Carle a publié une analyse dans la revue Pédagogie collégiale, constituent une forme structurée de cette veille partagée : que tout le monde ait lu le même texte ou des textes différents, la discussion collective amplifie la portée des lectures individuelles.
La question se pose aussi à une échelle plus large : et si les personnes CP des différents établissements mutualisaient leurs efforts de veille à l’échelle du réseau ? L’atelier a mis en évidence que beaucoup de ce travail se fait actuellement en silos, chacun dans son établissement. Une banque de ressources partagée, alimentée collectivement et organisée par thèmes, pourrait alléger considérablement cette charge tout en améliorant la qualité et la diversité des informations disponibles.
La veille comme posture professionnelle
Au moment où les outils d’intelligence artificielle permettent de synthétiser rapidement de grandes quantités d’informations, une question émergée lors de la session mérite qu’on s’y arrête : la veille est-elle encore nécessaire ?
La réponse de l’animatrice, nuancée et pertinente, est que les outils changent, mais la démarche reste : savoir quoi chercher, savoir évaluer ce qu’on trouve, savoir quoi faire avec — ce sont là des compétences irréductibles que l’IA ne remplace pas, elle les transforme.
La veille, finalement, c’est peut-être avant tout une posture : une curiosité entretenue, une ouverture aux savoirs émergents, et une volonté de ne pas enseigner la même chose qu’il y a dix ans simplement parce que ça a toujours été fait ainsi.
Les ressources partagées lors de l’atelier — le Genially sur les sources de veille, le « losange de la pédagogie collégiale », la grille de planification de la veille et les capsules du CTREC — restent accessibles et évolutives. Une invitation ouverte à la communauté : aller les alimenter.

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