– 15 octobre 2026

Article

Favoriser la santé mentale étudiante via les pratiques enseignantes

Le 7 octobre 2026, i-mersion CP lançait son mois consacré au bien-être étudiant avec un atelier en ligne animé par Catherine Tardif, professeure au Département de musique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Elle est également coresponsable de l’axe sur les pratiques d’enseignement, d’encadrement et d’évaluation à l’Observatoire sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur (OSMÉES).

Également présent, Félix Guay-Dufour, coordonnateur de l’OSMÉES, a rappelé la mission de l’Observatoire : produire des connaissances sur la santé mentale étudiante et en faciliter l’usage dans les établissements.

L’atelier avait une visée particulière, puisqu’il s’agissait d’une formation à l’animation. L’objectif était de fournir aux personnes conseillères pédagogiques présentes le diaporama et un guide d’animation détaillé afin de reproduire l’activité auprès du personnel enseignant de leur établissement.

La séance a d’ailleurs montré qu’une telle formation se transpose aisément à distance, grâce à des sondages Mentimeter, à des sous-salles virtuelles thématiques et à un Padlet à plusieurs pages.


Un guide ancré dans la recherche et dans le terrain

Publié en 2025 par l’OSMÉES, le Guide de pratiques enseignantes prometteuses en enseignement supérieur : enseignement, évaluation et encadrement propose au personnel enseignant des cégeps et des universités des pratiques concrètes, appuyées par la recherche, qui soutiennent à la fois la réussite et la santé mentale des personnes étudiantes.

Le cœur du guide tient en sept fiches, une par famille de pratiques : faire preuve de bienveillance, enseigner le métier étudiant, favoriser les interactions avec les pairs, assurer la cohérence et la clarté des éléments du cours, faire preuve de flexibilité, fournir de la rétroaction et rendre les apprentissages signifiants.

Chaque fiche recto verso définit la pratique, propose des questions réflexives, puis présente des exemples répartis en trois volets (enseignement, évaluation et encadrement) ainsi que des ressources pour aller plus loin. 

Pourquoi miser sur les pratiques enseignantes?

Une enquête de l’OSMÉES réalisée auprès de 32 790 personnes étudiantes québécoises en montre la pertinence : 26 % jugeaient leur santé mentale mauvaise ou très mauvaise, alors que 42,9 % présentaient des symptômes anxieux et 46,6 % des symptômes dépressifs d’intensité modérée ou élevée au cours des deux semaines précédentes, selon un dépistage qui ne constitue pas un diagnostic.

Catherine Tardif a toutefois nuancé ce portrait : le stress fait partie d’un parcours aux études supérieures et peut même stimuler la motivation ; il devient nuisible lorsqu’il est intense ou persistant. 

La santé mentale étudiante dépend de nombreux facteurs, des caractéristiques individuelles aux politiques des établissements, sur fond de culture de performance. Sans porter seul cette responsabilité, le personnel enseignant, qui côtoie quotidiennement la population étudiante, dispose d’un levier réel. 

La bienveillance, une catégorie transversale

La bienveillance occupe une place à part, puisqu’elle teinte les six autres familles de pratiques. Loin de la complaisance, elle conjugue exigence, rigueur et accompagnement en vue du plein développement d’autrui.

Le guide la décrit comme une démarche intentionnelle : repérer un besoin, exprimé ou simplement présumé, choisir une réponse, agir, puis vérifier comment le geste a été reçu. Un geste bien intentionné pouvant passer inaperçu, la personne enseignante gagne à expliquer l’intention qui motive ses choix.

Les échanges ont fait émerger deux points de vigilance. La bienveillance envers la communauté étudiante suppose d’abord une bienveillance envers soi-même. Elle ne doit pas non plus heurter l’équité : ce qui est accordé à une personne doit pouvoir l’être à toutes.

Catherine Tardif a illustré cet équilibre par la remise des travaux. Comme on le ferait avec des collègues, la personne étudiante qui prévoit un retard en avise la personne enseignante au moins 48 heures à l’avance ; celle-ci accepte ou refuse selon des règles annoncées à tout le groupe, qui tiennent compte de sa taille et de la date prévue pour la correction.

Six autres familles de pratiques

Enseigner le métier étudiant consiste à accompagner explicitement l’organisation du temps, la gestion du stress ou la prise de notes, plutôt que de tenir ces stratégies pour acquises. Favoriser les interactions avec les pairs nourrit le sentiment d’appartenance et l’apprentissage en profondeur, à condition de doser ces interactions pour les personnes qu’elles mettent mal à l’aise.

Assurer la cohérence et la clarté renvoie à l’alignement pédagogique, c’est-à-dire à l’adéquation entre objectifs, activités et évaluations, que l’on rend visible en revenant au plan de cours tout au long de la session. 

La flexibilité ne consiste pas à multiplier les arrangements au cas par cas, mais à offrir des choix à l’ensemble du groupe : production écrite, présentation orale ou projet visuel pour un même travail. Les objectifs et les critères d’évaluation, eux, restent les mêmes pour tout le monde.

La rétroaction doit être concise, spécifique et orientée vers l’action, une note ne pouvant en tenir lieu. Rendre les apprentissages signifiants, enfin, passe par des situations authentiques, des études de cas et des productions utiles à un milieu professionnel. Interrogée sur les pratiques alternatives de notation, qui privilégient la rétroaction et la reprise des travaux, Catherine Tardif a confirmé que les écrits recensés pour le guide vont dans ce sens. 

Des outils pour passer à l’action

Le guide se termine par trois outils : une cartographie des ressources de l’établissement, une grille d’autoévaluation et une fiche pour formuler un objectif SMART. Pendant la séance, l’autoévaluation a précédé un travail en sous-groupes où chaque équipe a consigné ce qu’elle fait déjà, ce qu’elle aimerait mettre en place et les obstacles anticipés.

Le diaporama étant modifiable, les personnes conseillères pourront l’adapter à leur contexte, par exemple pour y aborder la bienveillance envers soi-même.

Reste à déterminer les conditions les plus fécondes : dans vos milieux, quelle porte d’entrée (insertion professionnelle, journée pédagogique, communauté de pratique) offrirait le meilleur ancrage à un tel atelier ?


Article rédigé par Clara Dyan-Charles, conseillère pédagogique chez i-mersion CP

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